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vendredi 12 décembre 2008

Antifa chasseurs de skins

Comme disait l'autre, 2008 fut l'année de la révélation comique avec la sortie du DVD Antifas chasseurs de skins. Vous vous souvenez des années 80, quand on entendait parfois parler de bagarres entre skinheads néo-nazis et antifas ? Ces histoires de tondus faisaient parfois un entrefilet dans le journal. A cette époque, il s'est passé plein de choses : l'affaire du sang contaminé en France, la politique "nationaliste" de Reagan aux Etats-Unis, la perestroïka en URSS... Ce DVD en fait-il mention ? Nullement. En fait, il ne s'intéresse qu'à une seule chose : les histoires de bagarres en région parisienne. A vrai dire, ces histoires n'ont aucune importance à côté de l'Histoire avec un grand H, mais certaines personnes les croient importantes. Les protagonistes de ces histoires, boursouflés d'orgueil, s'imaginent qu'un échange de coups entre deux adolescents attardés ont eu une importance capitale. Quand ils avaient 15 ans, ils se sont battus avec des fafs, ils ont un peu été dans la mouvance skin. Rien de très spécial, en somme, si ce n'est une certaine violence physique dans leurs histoires, mais allez comparer un "street warrior" à un militaire de carrière, c'est comme comparer Kaboul à New York !
Aujourd'hui âgés de 35 ans, ces gens-là sont devenus vendeurs de t-shirt, de bières, techniciens de surface chez McDo, RMIstes et autres boulots intelligents, mais ils n'ont pas grandi depuis. Les bagarres, c'était cool. Afin d'oublier la médiocrité de leur vie, les anciens "chasseurs de skin" vivent totalement tournés vers le passés, comme les conservateurs qu'ils fustigent. Avec la mythomanie et la fascination irrationnelle de nombre de jeunes fafs/antifas actuels, qui n'ont pas connu les années 80, nos héros chasseurs ont réalisé un auto-documentaire pour y raconter leur vie.
Inutile de préciser qu'un tel dessein est déjà révélateur d'un ego surdimensionné. Croire que sa vie vaut la peine de faire un DVD rien que pour la raconter, c'est déjà être mytho et avoir les chevilles enflées. Encore, si ces mecs avaient été des guérilleros de la jungle et qu'ils avaient mis un pays à feu et à sang, tels des Werwolf dans les années 50 en Ukraine, passe encore, mais quand on voit les exploits pathétiques qu'ils prétendent être les leurs...
Cerise sur le gâteau : ce DVD d'une heure est vendu 20 euros en VPC (frais de port non inclus). Pour un produit de consommation anticapitaliste, c'est drôlement cher.

En quoi consiste ce DVD ?
C'est l'histoire (avec un petit h) racontée par ceux qui l'ont vécue. D'une objectivité sans faille, ils profitent de l'occasion pour se vanter à longueur de temps et s'auto-ériger en modèles. Ils sont juge et partie, en quelque sorte. L'histoire est racontée chronologiquement, en partant des premiers skins pour arriver au début des années 90, date de la dissolution des Ducky Boys (une bande de soi-disant champions de sports de combat, créée pour casser du faf).
Concrètement, ça donne quoi ? Pas grand-chose. Les images d'époque sont TOUTES pompées ailleurs. Concernant les années 70 ou 80, personne n'a tourné de vidéo. On trouve à grand-peine quelques photos des protagonistes quand ils étaient petits jeunes. Un bon tiers du film provient du pillage méthodique des archives de l'INA, que nos anticapitalistes ont dû grassement rémunérer, copyright oblige. Documentaires télé, prises de vues, photos piquées ici ou là, tout se retrouve mis bout à bout sur ce DVD miteux. Avec une musique rajoutée dessus, ça passe suffisamment bien pour qu'on ne s'aperçoive pas au premier regard de la mauvaise qualité des images. Car nos crasseux, en bons fainéants, ont pris certains extraits vidéos sur Dailymotion pour les intégrer à leur documentaire pourri... Quand on agrandit l'image, on voit tout de suite qu'elle est pixellisée. Et comment voulez-vous qu'une archive INA soit pixellisée alors que les archivistes prennent soin de sauvegarder la qualité d'origine des bobines quand ils les numérisent ? Non, ça se voit : certaines images du DVD proviennent de Dailymotion, qui écrase la qualité des vidéos pour réduire leur poids. Pour nos chasseurs de skins, peu importe, ça fait toujours ça de rajouté dans le film et toujours ça de moins à payer à l'INA...
Les deux tiers restants du film sont constitués de "témoignages". Comprenez d'interviews-branlette, où chaque ancien membre des Red Warriors ou des Ducky Boys (les fameux "chasseurs de skins" qui auraient soi-disant terrorisé un tas de fafs) donne son opinion en long, en large et en travers. Ces témoignages sont aussi pompeux qu'inintéressants. Discours consensuels repris aux grands médias, racontage de vie, histoires de bagarre constituent la quasi-totalité des interviews. Remarquez, c'est le but du film : raconter des histoires de bagarre... Parmi les interviewés, voici une petite sélection des personnages les plus drôles :

Madj : surnommé "le clochard" à cause de ses vêtements cheap et de sa barbe pleine de poux, Madj se targue d'être un des tous premiers skins. Avide de copier la mode anglaise (les skins étant alors anglais) pour s'intégrer dans une bande de petits blancs bourgeois, il est devenu antifa sous l'influence de Farid, un de ses copains cocos.


Farid : surnommé "gratte-couilles" (regardez le bas de la photo pour savoir pourquoi), Farid est entré dans le mouvement skin français avec Madj. Il prétend s'être rebellé contre les fafs parce qu'il est arabe, victime de racisme, etc. mais oublie volontiers de dire qu'il y avait également des skins arabes chez les néo-nazis. Toutes ces histoires étaient bien plutôt une guerre des boutons qu'une guerre d'idéologies, et Farid le gratte-couilles en treillis nous le prouve à son corps défendant.


Marsu : authentique petit bourgeois opportuniste, Marsu a rejoint les skins antifas autour de 87-88, quand ils commençaient à être bien vus dans l'opinion publique. Par opposition aux vilains fafs, stigmatisés par des médias bien-pensants, les antifas bénéficiaient d'une image positive et leurs produits commerciaux se vendaient à tout le monde. Marsu, jeune skin bourge, l'a très bien compris et il est parvenu à devenir le manager des Béruriers Noirs. Ce célèbre groupe, qui a vendu des dizaines de milliers d'albums à la FNAC et à Virgin, a permis à Marsu de devenir un anticapitaliste riche.

OGKim : un monument de bêtise à lui tout seul. A son sujet, voir le portrait qu'on lui a consacré dans la section "stars".





Juju : de son vrai nom Julien Terzic, cet illustre personnage est notre sujet de moquerie préférée avec OGKim. Mythomane mythonnant, aujourd'hui VRP de l'antifascisme avec ses bières et ses t-shirts, Ter-sieg est le héros charismatique des chasseurs de skins. C'est l'équivalent de Batskin côté crasseux. Il se la raconte à mort, sait tout sur tout le monde, n'hésite pas à se contredire (voir plus bas)... Toutefois, "Juju" est moins drôle qu'OGKim. Quand il entonne un monologue, Terzic nous fait baîller, alors que quand c'est OGKim on rigole devant l'écran. Tout le monde n'a pas les mêmes talents comiques.

JF : ex-Ducky Boy, JF a bien trop peur pour montrer son visage. Peur de quoi, on ne sait pas, mais ce qui est sûr c'est qu'il est trop effrayé pour montrer sa tête d'allumette à l'écran. S'exprimant sur un ton mesuré et monocorde, JF aligne les passés simples et les références sociologiques quand il parle. A n'en pas douter, il correspond parfaitement à l'intellectuel sur lequel on a écrit un portrait. JF est un sociologue en puissance, un futur grand penseur capable de rivaliser avec Bourdieu et Foucault réunis, mais pour l'instant il en est réduit à faire des interviews dans un DVD miteux. Après tout, Sartre a bien pissé sur un tombeau quand il était jeune !

Il y a d'autres personnages, mais ils sont trop plats et trop cons pour qu'on leur fasse l'honneur de parler d'eux. Dommage : leur rêve secret, c'était de voir des gens parler d'eux sur Internet, même sur un blog comme Politrash, mais ça ne se réalisera jamais vu qu'ils n'ont même pas l'avantage d'être comiques... Ah là là...

Quelques contradictions :
- Ter-sieg & co prétendent que les vrais skins ont toujours été antifascistes, antiracistes, etc. et que l'extrême-droite a toujours été ultra-minoritaire. Pourtant, il n'hésite pas à dire au début du film que 99,9% des skins étaient fafs dans les années 80. C'est le paradoxe des antifas : ils crachent sur leurs pseudo-ennemis pour légitimer leur propre violence, mais glorifient en même temps ces ennemis pour prétendre qu'ils ont eu du mal à les vaincre.
- On retrouve la même idée dans toutes les histoires de bastons racontées dans le film.
- D'après OGKim, tous les Ducky Boys (première bande d'antifas chasseurs de skins) avaient un titre de champion dans un sport de combat, mais il avoue 2 minutes après que son pote "Bébé des bois" a perdu son championnat et n'a jamais eu aucun titre.
- Les fafs sont des réactionnaires, des violents, mais les antifas se sont constitués uniquement contre eux et passaient leur temps à lutter contre eux sans promouvoir quoi que ce soit de positif. Et ils étaient violents aussi. Sans parler du look qui était le même. Fafs ou antifas, quelle différence ? Les deux étaient des skins trisomiques et alcooliques. Après tout, qu'ils se tapent ensemble, ça faisait un joli spectacle !
- Un moment, OGKim raconte sa énième baston de ouf malade contre des fafs. Il explique que les affrontements étaient régis par un "code de l'honneur" : quand un antifa croisait une bande de fafs, ceux-ci désignaient un "champion". Le champion et l'antifa se battaient alors en un contre un. Si l'antifa gagnait, il pouvait partir sans être inquiété. OGKim prétend avoir traîné rue d'Assas et s'en être tiré comme ça, malgré le grand nombre de fafs présents dans le quartier. Mais les antifas n'appliquent pas ce code de l'honneur en sens inverse ! OGKim explique lui-même que, une fois où il s'est retrouvé face à plus fort que lui, Julien Ter-sieg est venu l'aider et ils ont battu le faf à 2 contre 1... Décidément, quel courage ce Kim, c'est fou !

En résumé : ce DVD à 20 euros ne contient absolument rien d'intéressant. Si vous n'avez jamais vu d'archives INA et que vous aimez les témoignages mythos, ou alors pour rigoler, regardez-le. Si vous voulez vraiment le voir, inscrivez-vous sur un forum faf et demandez à quelqu'un de l'uploader, tout le monde l'a sur son ordi. Mais pas la peine de l'acheter, ça n'a strictement aucun intérêt, car 20 euros pour une heure de cirque c'est cher payé.


C'est marrant, on dirait qu'il a une merde posée sur la tête ?
La coupe "tremplin" pour les blancs, le comble du ridicule...


A ce propos, les black panthers ont servi de source d'inspiration aux antifas. Regardez bien le petit blanc sur cette photo. Ca va, gaulois, pas trop dur d'être l'esclave d'une bande de blacks racistes anti-blanc ?


Ter-sieg quand il était jeune. Son pote Rico dit qu'il n'aimait pas le PC, que c'étaient des fafs, des staliniens, etc. mais ça n'empêchait pas Julien & co de se la jouer communiste.


Non, ce ne sont pas des fafs en train de sieguer, mais les Ducky Boys en train de lever le poing droit. Grosse différence !


Farid quand il était jeune. Un beau gosse !


"Punck" avec un C : indiscutablement, les Duckys étaient plus doués en mythonnage qu'en orthographe.


Les mecs de Libé étaient décidément aussi bêtes que les antifas dont ils faisaient l'éloge : une telle faute d'accord dans un gros titre, ça la fout mal ! "Les dur", "les dur"... clair que c'est dur d'écrire correctement quand on est un journaleux gaucho avec le QI d'une moule.


Image prise à un concert des Bérus. "Nous sommes noirs, nous sommes blancs, nous sommes jaunes, et ensemble nous sommes de la dynamite" ! Pourtant, on ne voit que des blancs à ce concert ?


Regardez bien sur la gauche : on voit une piscine... Sûr qu'il était plus facile de faire le clown en Bomber dans un quartier bourgeois que rue d'Assas !