
Parfois, quand on marche dans la rue, on peut croiser des gens bizarres. Oh, ils ne sont pas bizarres au niveau de l'apparence physique, ils restent irréprochables là-dessus. C'est plutôt un sentiment étrange qu'ils suscitent lorsqu'on les croise. Ils peuvent être boulangers, costard-cravate, étudiants... et ils ont tous les mêmes cheveux courts, bien peignés, et le même regard calme. Ils n'ont pas l'air de se connaître, mais on sent qu'ils forment un espèce de corps social étrange, qui vit et qui produit. En fait, c'est très effrayant. Que peuvent bien être ces gens discrets, habillés normalement et ne demandant rien à personne ?
On y pense, on rejette l'idée pour finalement y revenir... C'est inéluctable : les gens dont nous parlons sont des mecs de droite. De droite, oui ! Tous !
En général, le mec de droite est quelqu'un d'assez discret. Pas fort en gueule pour deux sous, il lui arrive parfois de penser. Mais au lieu de penser tout haut, il pense tout bas. Et s'il pense tout haut, c'est pour perturber les choses que la plupart des gens savent déjà. Il est dangereux et armé. Présent silencieusement dans la masse, il cache derrière sa discrétion des idées politiques extrêmement choquantes. En effet, le mec de droite est souvent un libéral dépourvu de conscience. Il ne prend pas pitié des sans-papiers, malgré les conditions de dénuement extrêmes dans lesquels vivent ces pauvres gens qui sont venus d'eux-mêmes dans notre pays, et pire encore il les criminalise. Au lieu d'acheter des badges de soutien au RESF, comme le fait tout démocrate qui se respecte, il refuse de donner ses sous et préfère douter dans son coin. Evidemment, ce doute n'est qu'une excuse pour voiler ses penchants profonds. En effet, le mec de droite est libéral, donc matérialiste : tous les mecs de droite utilisent un iPod ou un mobile mp3 pour écouter Michel Sardou ou Johnny Hallyday pendant leurs trajets en métro, plutôt que Bénabar ou Raphaël... Ils ont mauvais goût, et en plus ils sont faibles physiquement puisqu'ils prennent le bus ou le métro plutôt que le Vélib'. Mais il est vrai que le mec de droite n'a jamais saisi le sens du mot "citoyenneté". Ignorant tous les conseils des experts en politique ou en nutrition, il refuse lâchement de monter sur un vélo pour se réfugier dans un métro crasseux et puant, puis au PMU. En fin de compte, environnement qu'il se choisit sied tout à fait à ses idées nauséabondes.
Non seulement le mec de droite est un libéral, donc un consommateur qui n'hésite pas à acheter tout et n'importe quoi sans se soucier du commerce équitable, mais en plus il est réac. Jamais il n'a pu adhérer aux idées saines du prolétariat. Timide, voire schizoïde, il est incapable de suivre le peuple. Le mec de droite se met tout seul à l'écart, seul avec ses problèmes psychologiques et sa timidité maladive. Il devient malheureux, dépressif, et puisqu'il n'est pas foutu de s'intégrer comme tout le monde il va rendre les autres responsables de ses malheurs. Comme tous les lâches de son espèce, il va concentrer ses critiques acerbes sur les classes sociales les plus faibles et les plus défavorisées, c'est-à-dire, bien entendu, les personnes issues de la diversité. Eh oui ! Il ne l'assume pas, et prétend toujours le contraire, mais le mec de droite est en fait un gros raciste xénophobe. Ce qui ne lui ressemble pas lui fait peur. Complexé, le mec de droite déteste tout, maudit le monde dans lequel il vit et qui le nourrit, prétend vouloir le changer alors qu'il critique, et se complaît dans la méchanceté. Il est dans le camp des méchants, et ça se comprend. Pour preuve, il aime volontiers les blagues racistes. Demandez à un mec de droite ce qu'est un arabe à côté d'une poubelle, il connaît sûrement la réponse !
Et dire qu'on croise des gens comme ça tous les jours de notre vie, des gens qui pensent comme ça, des gens qui pensent, ça fait froid dans le dos. Mauvais citoyen, le mec de droite prétend critiquer ceci ou cela au nom de... de quoi d'ailleurs ? alors que tout ce qu'il dit vient de lui. En fait, il est soit un bourge du quinzième, qui ne connaît de la vie que ce qu'il voit dans les livres et dans la rue, soit un beauf fan de foot et de tuning. Le premier n'est que la version richarde du second, le vernis culturel en plus. Tout le monde n'étant pas riche, les beaufs constituent la majorité des mecs de droite : ainsi, nombre de boulangers, de garagistes ou de petits commerçants sont de droite, et dénoncent sans remords le bébé sans-papier de 6 mois que leur voisin cache chez lui entre deux échanges de blagues racistes au téléphone. On ne saurait trop vous conseiller d'acheter votre pain au supermarché, ne serait-ce que pour enrichir Leclerc, qui se bat pour le pouvoir d'achat, plutôt qu'au petit peuple de proximité, beauf et raciste, que Marx identifiait déjà comme le
Lumpenproletariat. La bête immonde se cache partout !
Dieu merci, le mec de droite a face à lui un pouvoir efficace : l'intelligence. Comprenez la classe intellectuelle et les médias. Toujours au contact de l'information, donc du monde réel, les journalistes sont majoritairement à gauche et parviennent à former un rempart efficace face à la bêtise rampante du mec du droite. Les intellectuels aussi. Des gens comme BHL, Jack Lang ou Josiane Balasko n'hésitent pas à utiliser leurs brillants cerveaux pour rétablir la vérité comme elle se doit. La télévision, les journaux gratuits, les journaux payants de gauche recèlent de vérités qui sont autant de boucliers face à la mauvaise pensée du mec de droite. Arrivera-t-on jamais à en faire ce qu'on veut ? Sans l'effort permanent des journalistes et des intellectuels médiatiques, la stupidité du
Lumpenproletariat se serait déjà répandue partout, et la bête immonde aurait triomphé...
A force d'avoir les médias et l'intelligence face à lui, le mec de droite l'a mauvaise. Il est mécontent, grogne dans son coin, il a du mal à partager ses idées car il en a honte. Face à lui, il a une gauche qui malgré ses dissensions pousse sans cesse plus loin la recherche de la vérité, et tous les billets d'humeur racistes du mec de droite ne l'aident pas. Petit à petit, il se mure dans le silence. Ses idées diaboliques tournent sans cesse dans sa tête, se heurtent aux murs étroits de son petit serveau. Il devient aigri. Le peu d'humain qui restait en lui s'enterre, et quitte à devenir définitivement coupable, le mec de droite devient cynique et petit-bourgeois. Les pauvres, le SIDA, les petits africains qui meurent toujours de faim depuis on ne sait plus quand, tout ça ne l'émeut même plus. Il en rigole, place parfois les européens devant, comme si un blanc pouvait souffrir autant qu'un noir. Hannibal Lecter n'était rien à côté !
Quand il vote Sarkozy - et le mec de droite a évidemment voté Sarko en 2007 - il exulte. Avant, il votait Le Pen, mais le regard ténu des petits africains qu'on montre sans cesse dans le métro pour rappeler aux gens la vérité citoyenne le touchaient en plein coeur. Il avait honte de son cynisme, de son odieuse inhumanité. Sarko étant hongrois et petit, il pouvait se permettre de prononcer un discours de droite, xénophobe et antidémocratique, tout en disant : "je ne suis pas raciste, je suis un immigré !". Toujours aussi lâches, les mecs de droite se sont jetés sur les bulletins de vote Sarko en 2007. Enfin, ils étaient en paix avec leur conscience, tout en continuant à douter du bien-fondé de l'immigration, donc à être racistes et (osons le dire) crypto-nazis comme pas deux. Si même Sarko parvient à rouler la conscience morale, rempart ultime de la pensée juste contre la bête immonde, on est mal...
De toute façon, le mec de droite ne peut que rester seul. S'il commence à parler de ses idées en public, il y aura toujours une personne sensée qui viendra le contredire. Or, si le mec de droite commence à débattre avec elle, de deux choses l'une : soit il sera mis au ban de la société (enfin !), soit il finira par devenir comme ce qu'il combat. Lucien Rebatet, écrivain fasciste et honte de la profession, critiquait l'antisémitisme virulent, qu'il accusait de "prendre la figure du juif". Qui trop combat le dragon devient dragon lui-même, et si le mec de droite combat trop les gauchistes (sur Internet, bien entendu, car il n'aura jamais les couilles de le faire en vrai), il risque de devenir aussi dogmatique qu'eux, tout en restant de droite. La conclusion tombe d'elle-même : il est irrécupérable !
Tiraillé entre son opposition à la citoyenneté et son conservatisme étroit, le mec de droite n'est pas sérieux. Il se contredit tout seul, sans qu'on arrive à comprendre comment, ce qui vient sûrement de sa haine maladive des non-bl... des allogè... enfin, vous voyez. Incapable d'avoir des dogmes bien trempés, tiède et bourgeois, le mec de droite se cache derrière des plaisanteries stupides qu'aucune personne sensée ne peut apprécier. Il rit des petits Bosniaques tombés sous les bombes des Serbes (qui sont de droite, eux aussi !), des Ethiopiens qui meurent chaque jour à cause des aides jamais suffisantes de l'Occident, des pauvres, des handicapés, des riches... Comme Didier Super, il se lâche dans le décomplexage, autrement dit le racisme et le cynisme. Et si on veut le persuader avec des opinions justes, il préfère rire et sortir des arguments cyniques ou incompréhensibles plutôt que de débattre correctement, donnant aux plus justes l'envie insurmontable de lui coller une rouste. Tout ça, il se le cache à lui-même à l'aide de son ego gigantesque. Il pense différemment des journaux gratuits, sape leurs efforts de formation du peuple, ou pire encore, prétendre savoir mieux les choses que les intellectuels (qui, eux, sont en tête de gondole à la FNAC). Seul son ego lui permet de se placer au-dessus d'eux et de penser différemment, mettant en danger l'union des citoyens et des prolétaires contre l'injustice. Ce n'est pas étonnant. Pour être comme lui, on ne peut qu'être injuste.
Si, un jour, des politiciens dignes et justes parviennent à prendre le pouvoir, le mec de droite aura intérêt à se cacher, encore plus qu'il ne le fait aujourd'hui. Parce que s'il pérore comme il le fait actuellement, ça ne passera plus ; il finira dans un goulag, et il ne l'aura pas volé.